Le sac à main : toute une histoire


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Le sac à main ! Accessoire bien pratique voir indispensable. Simple contenant ou objet de style ? Remontons dans le temps pour mieux comprendre notre engouement pour ce fidèle compagnon.

Les premiers sacs à main servaient à transporter des objets et étaient réalisés dans une grossière étoffe faite de poils de chèvre ! D’ailleurs l’origine du mot sac vient de l’hébreu « sak » qui fait référence à cette étoffe grossière. Comme on marchait beaucoup pour se déplacer à cette époque on y mettait aussi la nourriture. A l’origine, le sac à main n’avait rien d’esthétique mais était utilitaire, il revenait aux esclaves la charge de le porter avec les affaires de leurs maitres. Pendant l’Antiquité, voyager sans sac était signe de liberté. Sur certains hiéroglyphes de l’Egypte ancienne, on peut voir des personnages munis de sacs en bandoulières ou d’étuis fixés autour de la taille. On trouve aussi des bourses attachées à la ceinture par un petit cordon.

Il existait différentes formes de bourses, petit sac à cordon très prisé, surtout en toile ou en tissu, même si certains préféraient le cuir, surtout chez les hommes. La châtelaine, assez raffinée, était formée d’anneaux et de chaines et se portait à la ceinture pour accrocher objets décoratifs ou accessoires d’utilité, laissant ainsi deviner l’activité de la personne la portant. L’escarcelle était un petit sac servant à ranger bijoux et argent que les nobles cadenassaient souvent par un fermoir. Durant l’Antiquité, l’aumônière était déjà très répandue. C’était un petit sac enfermant des pièces de monnaie destinées à l’aumône des pauvres, d’où son nom, portée par les nonnes et les moines entre autres, et les riches, seuls capables de pouvoir donner aux nécessiteux. La réticule ou balantine, apparue au XVIII° siècle, était une bourse assez plate, décorée de broderies et munie d’anses pour passer au bras ou à la main.

C’est au XI° siècle que le terme de sac à main apparait. A partir du Moyen Age, le sac connait une grande évolution. Il n’était alors pas permis de porter quoique ce soit à mains nues, pas plus que dans les vêtements qui étaient très près du corps et sans poche. A cette époque, tout le monde portait de petites bourses, renfermant les choses dont on avait besoin : argent, clés, livres, mouchoirs, chapelet, livre de prière, tablette de cire pour écrire, couteau, bijoux, peignes, miroirs, documents … c’était souvent un cadeau de mariage ! L’escarcelle était très en vogue et ce jusqu’au XVI° siècle. Les bourses à la mode sont faites dans des matières précieuses souvent brodées de fils d’or et cousues de devises pieuses. Le plus souvent, cela se portait à la ceinture et était rarement porté à la main.

A la Renaissance, on laisse un peu tomber le sac à main, les vêtements étant plus amples et munis de poches, sa nécessité se fait moindre. De plus pour des questions d’élégance, on n’attache plus de petits sacs à sa ceinture. Par contre, c’est le grand retour des ceintures à poches, finement brodées, sortes de sacs en toile de coton ou de lin noués par des rubans à la taille sous la robe, accessibles par une fente dans la couture. Astucieux !

Au XVIII° siècle, le sac à mains revient et se fait plus grand pour accueillir les éventails, la panoplie de couture, les bijoux … des dames de la noblesse ! Dès lors, il se fabrique dans des tissus précieux, parfaitement coordonnés à la tenue. Avec l’invention des poches intérieures des pantalons, les hommes l’abandonnent pour en faire un attribut purement féminin. Fin XVIII° la mode se fait plus près du corps, moins de froufrous, donc difficile de dissimuler sous ses jupons un sac dont le volume ferait s’interroger ! Il se montre alors et se porte à la main. Le réticule prend toute son ampleur.

Il existait dans chaque pays d'Europe des corporations vouées à la confection et à la décoration de sacs, traités comme des bijoux. Ainsi, la mode des années 1800 exprimera la délicatesse en vogue sous l'ère victorienne. Puis, vers la fin du 19° siècle, elle semblera influencée par les répercussions de l'ère industrielle.

A partir du XIX° siècle, il devient un véritable accessoire de mode, orné de cachemire brodé, de perles, pendant au bout de chaines ou de cordons, doté soit de cordons coulissés ou de fermoirs métalliques.

Les temps changent et avec l'invention de la locomotive à vapeur, des paquebots et croisières, des bateaux à aube, les femmes se mettent à voyager et il leur faut de nouveaux accessoires pour transporter leurs affaires. Ainsi, les boîtes à chapeaux connaitront un grand succès. Les plus fortunés poursuivent leur quête de plaisirs et la demande pour la maroquinerie de luxe croît et embellit. Le consumérisme est né.

Et au XX° il a une double fonction qui est d’être utilitaire et esthétique. C'est à cette époque que naissent les superbes malles de voyage créées par des designers dont le nom est, aujourd'hui encore, synonyme de prestige. Qui n'a pas entendu parler de Louis Vuitton ? Un des premiers articles à succès de Vuitton, le "Steamer-bag" est initialement un sac à linge, destiné à être casé dans une malle de voyage ou suspendu à l'arrière de la porte d'une cabine pour recevoir les vêtements sales. Notons que déjà à l’époque, la contrefaçon existait, d’où la toile monogrammée créée par le fils de Louis Vuitton pour compliquer la copie.

Hormis les voyages, l'Opéra ou le théâtre retiennent toute l'attention des designers de l'époque. La mode est au divertissement et les mondaines fortunées "s'arrachent " des mallettes spéciales contenant des jumelles de théâtre, un éventail et de quoi rédiger un papier. On note aussi un certain engouement pour la fourrure et les femmes portent des pochettes en métal gravé, des sacs en maille très travaillés, des sacs brodés ou ornés de perles.

La maille métallique date du Moyen-Age. Utilisée par les chevaliers, elle sert aussi à la confection de sacs. En 1908, les femmes portent encore ce type de sac. Ils sont faits à la main, à partir de fines lanières de fer, d'acier trempé, de bronze, d’argent ou d'or, façonnés en anneaux entrelacés. Une semaine de travail est nécessaire pour le sac le plus simple. D'où le prix exorbitant de ces accessoires !

En 1912, à l'aube de la Première Guerre Mondiale, la société Whiting et Davis invente une machine permettant d'industrialiser la production de ce matériau. Les femmes les moins fortunées peuvent alors avoir accès aux fameux sacs en maille tant prisés à l'époque. En ce début de siècle, les fourrures, les peaux de reptile et les plumes sont également très en vogue et servent à la réalisation de produits haut de gamme. Les femmes s'émancipent, et les petits réticules en tissu qu'elles aimaient tant vont tomber en désuétude. Les sacs seront donc plus grands, mais pas pour longtemps.

Le sac à main est le miroir de l'âme et le témoin de la vie de la femme qui le porte

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La guerre de 1914-1918 est une période d’austérité, la mode utilise donc des peaux, de la fourrure et des plumes pour la confection d'objets multiples et notamment de sacs. Mais, en période de restrictions, le cuir est rare et les couturiers se tournent vers d'autres espèces d'animaux. S'agissant de sacs à main, les peaux de reptiles s'imposent. Bientôt les peaux de serpent, crocodile, d'alligator et de lézard - quand ce ne sont pas les peaux de requin, de poisson ou de tatou - sont utilisées pour la confection de sacs superbes. Cependant, la traque de certains animaux recherchés pour leurs peaux a parfois conduit à la mise en danger, voire l'extinction de certaines espèces. Dans les années 1920/1939, la société change, les sacs à main aussi. La jeunesse en quête de plaisir veut plaire et les femmes troquent leurs grands sacs pour de petits modèles, plus pratiques pour danser, ne pouvant contenir qu'un bâton de rouge à lèvres, un poudrier et quelques cigarettes. C’est aussi l’époque du mouvement Art Déco qui transforme tout sur son passage. Les sacs adoptent des formes originales, des couleurs et des motifs inédits. Pour suivre les tendances vestimentaires initiées pas des créatrices comme Coco Chanel et Madeleine Vionnet, les sacs empruntent une ligne plus épurée, plus filiforme. Les designers, tout en respectant la mode des motifs géométriques, privilégient les formes audacieuses. Certains accessoires se parent de spirales ou de zig zags. En 1933, après la crise économique, la mode retrouve une certaine sobriété. Les accessoires comme les sacs à main animent et transforment à l'infini une même tenue. A la ville, les femmes adoptent le sac à bandoulière car elles sont nombreuses à travailler en dehors de chez elle et ont besoin d'un sac pratique pour transporter leur nécessaire : maquillage, portefeuille, de quoi écrire. Le soir venu, les sacs rivalisent de fantaisie : ornés de perles, paillettes, broderies ou pierreries en crêpe, soie et velours, souvent plissés.

Avec la seconde guerre mondiale et la pénurie de cuir, de nylon, de laine ou de caoutchouc, le design des sacs va se modifier dans les matières : sac en tissu, raphia et paille. Les années 50 ont vu aussi le sac brillant qui seyait si bien aux stars du cinéma : Jane Russell, Ava Gardner, ou Marilyn Monroe.

En 1955, Coco Chanel révolutionne le concept avec le sac « porter à l’épaule » et les sangles en chaîne. Puis la mode a vu tout en grand : des sacs plus larges, plus voyants et plus exotiques.

Avec par exemple Grace Kelly en 56, Jackie Kennedy en 1968, Jane Birkin en 1984, Lady Diana en 1985 ou Marion Cotillard en 2008, des grandes maisons se sont associées à une femme, un style et un sac devenu intemporel : Le Kelly, Le Jackie O., Le Birkin, Le Lady Dior pour ne citer qu’eux.

Aujourd’hui les femmes ne se contentent pas d’un seul sac : un sac pour aller travailler mais aussi des sacs occasionnels, décontracté pour le printemps, douillet pour l’hiver, chic ou sexy pour le soir, pochette ordinateur et même sac « 48 heures » pour le week-end ou encore un de sport pour les plus actives ….

Au-delà de l’aspect fonctionnel, le sac est d’abord, pour la femme moderne une question de style et d’allure, mais aussi un refuge, une boite à secrets, le miroir de l’âme et le témoin de la vie de celle qui le porte.

Rihanna, première égérie noire de la maison Dior, dans la dernière campagne "Secret Garden IV". On attend la pub papier, on verra peut être le sac un peu mieux !


Et vous, quel est votre sac ?

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