Jean Paul Gaultier, l'enfant terrible de la mode !


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Qu'on l'aime ou non, une chose est sûre, cet homme a du talent ! Une exposition retrace sa carrière, à Paris jusqu'au 3 août 2015. Pour vous, et mon plaisir, j'y suis allé ... j'ai adoré !

Depuis ses premiers défilés dans les années 70, Jean Paul Gaultier est inconstablement l'un des créateurs les plus importants de ces dernières décennies. Créées entre 1971 et 2015, les pièces de l'exposition n'ont pour la plupart jamais été exposées. Cette exposition multimédia célèbre l'audace et l'invention de sa mode avant gardiste et explore ses sources d'inspiration, aussi éclectiques qu'impertinentes, nous montrant aussi son humanité. Sa mode a saisi très tôt les préoccupations et les enjeux d'une société multiculturelle, bousculant avec humour les codes sociologiques et esthétiques établis. Au delà de la virtuosité technique résultant de l'exceptionnel savoir faire des différents métiers de la haute couture, d'une imagination débridée et de collaborations artistiques historiques, il offre une vision ouverte de la société, un monde de folie, de sensibilité, de drôlerie et d'impertinence où chacun peut s'affirmer comme il est .

Le point fort de cette exposition est sans conteste la mise en scène. Les mannequins sont "vivants", chantent et parlent grâce à des projections vidéo sur les visages, qui sont reconnaissables ! Une prouesse technique hallucinante ! Allez, c'est parti, de salle en salle, je vous préviens, ça va être long, mais oh combien passionnant !

J'aime depuis toujours l'aspect graphique, architectural de la rayure. Jean Paul Gaultier

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Les falbalas de Gaultier

On connait tous l'histoire tellement il se plait à la raconter au fil des ans. Né en 1952 à Arcueil, enfant il se réfugie dans le salon de soins de beauté de sa grand-mère Marie. Autodidacte, il puise sa sensibilité dans les émissions de variété et le cinéma. Il est en particulier subjugué par les costumes éblouissants des danseuses des Folies Bergères, ses manuels d'apprentissage sont alors des magazines tels Jardin des Modes, l'émission de télévision Dim Dam Dom ... Grâce au film Falbalas de Jacques Becker en 1944, il découvre avec ravissement l'univers de la haute couture parisienne : c'est l'élément déclencheur. D'ailleurs le film est projeté sur une vieille télé des années 50 !

Adolescent il dessine 2 collections par an et n'hésite pas à envoyer ses croquis aux grandes maisons de couture parisiennes. Yves Saint Laurent trouve ses choix de couleurs trop audacieux. Le jour de ses 18 ans, Pierre Cardin lui offre un emploi d'assistant dans son studio. Au début des années 70, époque où le swinging London éclipse le chic parisien, Gaultier est témoin de la révolution culturelle et sociale, en France et à l'étranger. Avec l'aide de son compagnon et partenaire d'affaires, Francis Menuge, il présente sa première collection en octobre 1976. A cette même époque, il fait la connaissance de ses premières muses, toujours fidèles collaboratrices : Anna Pawlowski, Aïtize Hanson, Frédérique Lorca, Inès de la Fressange et Farida Khelfa.

Le tailleur jupe/pantalon écru est une pièce étonnante, en jersey d'une seule pièce, comme une combinaison des pieds à la tête, jusqu'aux bouts des doigts ! La robe au haut en raphia tressé révèle déjà sa passion du métissage.

L'Odyssée

L'Odyssée renvoie à ce que l'on pourrait appeler les "mythes fondateurs" de l'univers Gaultier. Elle est à l'origine de certaines figures récurrentes dans ses collections, celle du marin, personnage à la fois viril et fortement connoté sexuellement, ou celle de la sirène qui incarne par excellence la grâce, l'hybridité, la séduction féminine et le trompe l’œil. L'iconographie religieuse et son détournement se retrouvent également dans plusieurs de ses collections. Le créateur est fasciné par les univers poétiques de Jean Genet et de Jean Cocteau. Son goût pour la marinière, devenue son emblème, remonte à l'enfance : "J'aime depuis toujours l'aspect graphique, architectural de la rayure. Ma mère m'habillait avec des pulls marins, ils vont avec tout. C'est un basic, un vêtement qui ne se démodera probablement jamais. Il y a eu plusieurs influences; Coco Chanel, Pablo Picasso la portaient, mais aussi Popeye et Tom of Finland. Mais c'est le film Querelle de Rainer Fassbinder (1982) qui en a fait mon vêtement fétiche." L'emblématique rayure incarnant la marque sera déclinée de mille et une façons. Conciliant tradition et avant garde, Gaultier fait le grand saut en ouvrant sa propre maison de couture et crée l'événement en présentant sa première collection de haute couture en janvier 1997.

Jean Paul en personne nous accueille et nous parle ! Fascinant ! Je me souviens de cette robe longue tee-shirt avec le bas en plumes, je l'aime toujours autant !
Le travail du thème sirène est époustouflant de minutie, écailles brodées sur jersey ou dentelle ...
Abondance de broderies, plissés, drapés pour ce thème iconographie religieuse qui nous fait penser à Madonna période Frozen !

Punk Cancan

Le Paris carte postale de Gaultier est un univers éclaté, marqué par l'empreinte de diverses époques. Certains symboles et clichés enregistrés par l'oeil du couturier lorsqu'il était enfant - la Tour Eiffel, le béret et le trench coat - s'imposent comme des références réinterprétables à souhait. Fasciné par le Paris de la Belle Epoque, celui de Toulouse Lautrec et du Moulin Rouge, celui de Brassaï et de l'Hötel du Nord de Marcel Carné, par les bistros et des cabarets de Pigalle, il maintient le cap de l'élégance parisienne en revisitant les silhouettes des icônes de l'après guerre tout en s'inspirant de la bourgeoise, de la concierge et du titi parisien. A Londres, qu'il découvre à l’adolescence, le couturier est frappé par le mélange de tradition et d'avant-garde qui règne dans la capitale anglaise. Il puise alors son inspiration à des sources moins conventionnelles: les dandys en chapeau melon croisent les punks tatoués de Trafalgar Square; leurs tenues dans lesquelles se mélangent latex, cuir, tartan, épingles de nourrice, dentelle et résille nourrissent l’œil et l'imaginaire de Gaultier. Le point de rencontre entre ces deux mondes, le parisien et le londonien, est donc ce "punk cancan" qui resurgit tout au long de sa carrière sous la forme de vêtements incarnant à la fois la classe et l'anticonformisme, le classicisme et l'esprit de rébellion. Les plumes, les boas et les froufrous du french cancan côtoient le cuir, le jean et les étoffes à carreaux. Le chic est dans le tailleur, la robe ou le pantalon ... pour les hommes comme pour les femmes. Gaultier, couturier à l’âme de punk, invente de nouveaux codes esthétiques, n'imposant rien et encourageant plutôt chacun à s'habiller selon un style qui lui est propre.

Cette salle est étonnante. Au centre, un podium où défilent les silhouettes numérotées et annoncées comme dans les défilés privés, sur la gauche les icônes ou VIP telles Catherine Deneuve, Valérie Lemercier, Conchita Wurst et journalistes de first raw assistent au spectacle, sur la droite sur fond de tags, contrastent les silhouettes punk carrément british.

On retrouve l'esprit combinaison intégrale des débuts, version pied de poule, l'humour d'une jarretière porte paquet de cigarette, la Tour Eiffel brodée sur tulle ...

Les icônes et collaboratrices, dont Conchita Wurst, Catherine Deneuve, Grace Jones ...

Le côté punk, très chargé, trop ! (dans la mise en scène !). Prise individuellement chaque silhouette est une merveille, mais en masse cela est presque agressif, trop de choses à voir ! Et pourtant j'adore cet aspect de Gaultier.

Muses

Dès ses débuts, l'enfant terrible est attiré par les beautés non classiques. Balayant les critères et les codes définis par la mode et la société, il crée un nouvel idéal, faisant fi de la corpulence, de la couleur de la peau, de l'âge, du genre et de l'orientation sexuelle. Gaultier se distingue par son rapport à la différence qu'il accueille avec bonheur. Par le choix de ses mannequins et de ses muses, il contribue à l'ouverture des critères de beauté, offrant une mode inclusive où tous sont les bienvenus. Il est le premier à travailler avec des mannequins androgynes tels que Teri Toye, premier mannequin transgenre des années 1980, la québécoise Eve Salvail avec son crane rasé et tatoué, Tanel Bedrossiantz et son fameux déhanché,. Tout récemment, Andrej Pejic a défilé pour le couturier en homme, puis en femme sous le nom d'Andreja, après une opération de changement de sexe subie en 2014. Peu soucieux des conventions, il organise pour ses défilés des castings sauvages qui viennent compléter la sélection des agences professionnelles. Le couturier invite sur le podium des personnalités atypiques ou surprenantes comme l'actrice espagnole Rossy de Palma, Beth Ditto la chanteuse lesbienne militante du groupe Gossip, le chanteur androgyne Boy George ou encore le lauréat de l'Eurovision 2014, le chanteur travesti à barbe, Conchita Wurst. En septembre 1992, un défilé rétrospectif est présenté à Los Angeles au profit de la recherche contre le Sida. De nombreuses célébrités présentent une centaine de modèles aux 6300 spectateurs présents.

Madonna, Mylène Farmer entre autres ...

Le Salon

Tout petit, Gaultier est fasciné par le charme suranné des corsets. Dès les années 60, le témoin privilégié des premiers élans créatifs de l'enfant terrible, c'est Nana, son ours en peluche d'ailleurs exposé dès l'entrée ! Comme l'explique Gaultier : "Dès mon jeune âge, j'ai exprimé diverses facettes de la création. J'ai fabriqué mes premiers seins coniques avec du papier journal, sur mon ourson Nana. J'ai pris chez ma grand-mère un napperon circulaire au milieu duquel j'ai découpé un rond pour faire une jupe à mon ourson. Sans le savoir j'ai ainsi fait une coupe en biais !". Ainsi, en retravaillant les corsets du début du XX° et les guêpières des années 1940 exhumés des placards de sa grand-mère, Gaultier parvient à réinventer des classiques. De cet exercice naissent notamment le fameux soutien-gorge à,seins coniques et les sous-vêtements portés sur les vêtements. Dans la garde-robe de la femme moderne, les robes-corsets symbolisent le pouvoir et la sensualité. Pour certains, les femmes corsetées de Jean Paul Gaultier apparaissent comme une négation des luttes féministes des années 60-70, mais en réalité, le couturier provoque plutôt une libération post féministe au chapitre de l'apparence. Loin d'être un instrument de torture enfermant le corps féminin, les corsets de Gaultier se veulent l'équivalent du veston chez les hommes.

La robe corsetée faite entièrement en fins rubans rose judicieusement assemblés est un travail d'orfèvre. Sublime !

A fleur de peau

Dans ses collections, Gaultier interroge les concepts de genre, de nudité et d'érotisme. Le corps qu'il considère comme son principal outil, sa base de travail, est pour lui une source inépuisable d'inspiration. Son imagination débridée et sa profonde liberté de conduisent à transformer les matières qui se changent alors en seconde peau.Il explore les possibilité du trompe l’œil, notamment dans ses modèles "tatouages" tissés ou imprimés sur un tulle élastique.Parfois le vêtement dévoile ou souligne ostensiblement ce qu'il devrait dissimuler. Tout en jouer sur l'illusion de nudité, Gaultier bouleverse les codes esthétiques en travaillant des matières peu utilisées en prêt-à-porter et haute couture. Ses créations intègrent le latex, le cuir, la résille, les harnais et autres éléments associés au sado masochisme, qui passent ainsi du sex shop au podium grâce au couturier qui revendique crânement le droit à la différence. Proposant des vêtements hyper sexués qui évoquent des univers à la fois romantiques et fétichistes, Jean Paul Gaultier habille les nouvelles amazones, élégantes et provocantes certes mais jamais vulgaires. Son style subversif va influencer la mode contemporaine mais aussi toute une génération de créateurs.

Très beau travail ! Je ne suis pas certain que ça ait fait sa fortune car faut quand même le porter et oser, mais techniquement magnifique !

Metropolis

La métropole est, par essence, le point de rencontre du monde de la mode et d'autres univers du spectacle, à savoir le cinéma, la télévision, la musique et la danse, dans un registre tant populaire qu'avant gardiste. Enfant, le petit écran est la principale fenêtre culturelle de Jean Paul Gaultier, qui se passionne déjà pour le cinéma et le music hall. La mode ? Elle ne l'intéresse que parce qu'elle autorise le spectacle. Sa vision futuriste de la mode se manifeste dans les costumes qu'il crée pour le cinéma et la scène. De nombreux réalisateurs sont attirés par son vocabulaire unique, riche d'influences. Il crée des costumes pour Le Cinquième Elément (1997) de Luc Besson: pour Kika (1993) La Mauvaise Education (2003), et La Peau que j' habite (2011) de Pedro Almodovar; pour La Cité des Enfants Perdus (1995) de Marc Caro et Jean Pierre Jeunet; enfin pour Le Cuisinier, le Voleur sa Femme et son Amant (1989) de Peter Greenaway. C'est en cinéphile averti qu'il devient en 2012 le premier couturier a être membre du jury du Festival de Cannes. Gaultier collabore également avec des chorégraphes de danse contemporaine tels que Karol Armitage, Maurice Béjart, Régine Chopinot et Angelin Preljocaj, mais aussi avec des stars de la pop française et internationale, notamment Boy George, Arielle Dombasle, Dépêche Mode, Mylène Farmer, Yvette Horner, Madonna, Kylie Minogue, Niagara, Rita Mitsouko, Tina Turner et Lady Gaga. Plus récemment, il a collaboré avec Amanda Lear au théâtre, travaillé sur les spectacles de l'humoriste Florence Foresti ainsi que sur la pièce Innocence de Dea Loher, mise en scène par Denis Marleau et présentée à la Comédie Française.

Dommage, il n'y avait pas la robe bleu blanc rouge d'Yvette Horner réalisée pour sa tournée Tour de France !

Jungle Urbaine

Gaultier aime farouchement la différence. La débusquant dans des mondes encore imperméables à la standardisation de la mode, il respecte les individualités et aime les particularités. De ce travail d'observation nait une nouvelle esthétique, où le vêtement incarne le dialogue entre les cultures, les origines et les ethnies, par delà les limites géographiques, les croyances religieuses et les barrières linguistiques. Gaultier gomme les frontières, créant des hybrides à mi chemin entre le monde urbain et les territoires sauvages, entre tradition et modernité, entre animalité et raffinement.Observateur de son temps, le créateur dénonce dans ses défilés les injustices de la société, les tabous, tout en soulignant la beauté des différences dans ses silhouettes. Comme dans un univers à la Prévert, on y retrouve les boléros des toréros, les schtreimel et les grands manteaux sombres des rabbins, les gilets venus de Mongolie, les kimonos des geishas, les jupes de flamenco et les masques africains. Ils se combinent avec des éléments et des matières représentatifs de la garde robe Gaultier tels le corsets, le cuir, le vinyle et les paillettes, illustrant brillamment la façon dont le brassage des peuples autorise les rencontres enrichissantes. Le couturier anticonformiste dit de son travail qu'il se situe entre le Musée imaginaire de Malraux et le dadaïsme: il rassemble tout ce qu'il aime, il mixe, matche, collecte et transgresse puis synthétise cette démarche dans un seul vêtement.

Superbe robe camouflage tout en tulle bouillonné et à noter le sac en cuir façon palme tressée !

Mélange de matières et d'imprimés ethniques assez insolites foisonnant de détails.

La robe au devant léopard est réalisée non pas avec de la peau de bête, mais des perles et tubes brodés ayant représenté des centaines d'heures de travail. La tenue en cuir est également entièrement brodée de clous, d'applications de cuir et pièces métalliques.

Et comme pour les défilés, on termine avec ces jolies mariées !

Voilà ! J'espère que ce petit reportage vous aura plu ! Un dernier petit cadeau, le reportage vidéo fait rien que pour vous !


http://www.magisto.com/video/IkMVZQAVQ29hDhxgCzE



En septembre dernier, Jean Paul Gaultier a présenté sa dernière collection de prêt-à-porter, celle de l'été 2015. Il se consacre désormais entièrement à la Haute Couture. Souhaitons qu'il nous fasse encore rêver très longtemps ...

Ci-après le défilé des adieux, sans son pour cause de droits d'auteur !

Photos prises avec Iphone (pas toujours terrible !)

Texte inspiré du programme de l'exposition.

Jusqu'au 3 août 2015 au Grand Palais Paris.

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