Il était une fois le ROUGE ... ou une histoire de dualité.


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Le rouge est assurément la couleur la plus fascinante et ambiguë qui soit, et celle qui se remarque le plus.

Chaude, vive, pleine de nuances, rassurante mais aussi orgueilleuse, insolente et pénétrante, elle joue sur les paradoxes, oscille entre bien et mal, anime des sentiments passionnels en complète contradiction : amour / haine, sensualité / sexualité, courage / danger, ardeur / interdiction, vie / mort … Cette couleur remue les sentiments sans aucun doute, mais son passé n’a pas toujours été glorieux plein de violences et de fureurs, de crimes et de péchés. 

Dans  l'Antiquité, c'est la seule couleur digne de ce nom, les autres étant le blanc qualifié d’incolore et le noir symbolisant le sale. De nos jours, le vocabulaire est encore empreint de sa domination.  En russe, le terme krasnoï  signifie "rouge", mais aussi "beau".  En espagnol, colorado désigne à la fois "rouge" et "couleur"...
Une couleur ancestrale 
Même s’il n’est pas très présent dans la nature, la popularité du rouge est due en partie au fait que les pigments utilisés pour sa fabrication ont été maîtrisés dès la Préhistoire, tout comme le blanc. 
Vers - 35 000 ans, les peintures rupestres du Paléolithique arborent le rouge (comme le noir et le blanc), issu de la terre colorée ocre-rouge. Puis au  Néolithique  on exploite la garance et ses racines pour apporter des nuances de rouge (cette plante est alors très répandue sur tous les continents). Dans  l'Antiquité, on découvre la chimie du rouge obtenu avec l'oxyde de fer principalement ou le sulfure de mercure.  Le Grand Empire Romain ajoute encore des possibilités de variations avec des coquillages comme le murex, réservé à l’Empereur et aux chefs de guerre, ou au Moyen Age le kermès ou  œufs de cochenilles, mais dont la récolte est laborieuse et très couteuse, et réservée aux seigneurs ! 
Les pigments ainsi multipliés, teinturiers, peintres et vitraillistes contribuent alors au succès de cette couleur.
Au service du pouvoir
Dans l’Antiquité, on l’admire et on lui donne les attributs du pouvoir, soit la religion et la guerre. Couleur du sang et du feu, le rouge s'impose rapidement comme la couleur des vainqueurs.  Ainsi, le dieu Mars, était souvent représenté habillé de rouge, et naturellement, ce fut aussi la couleur adoptée par l'armée romaine et ses ceinturions. On est loin des tenues camouflage !
Couleur du sang, toujours, celui versé par le Christ. La religion s'empare du rouge comme couleur symbolique et au Moyen-Âge, les papes jusqu’alors abonnés au blanc, et les cardinaux sont alors vêtus de rouge signifiant ainsi qu’ils sont prêts à verser leur sang pour le Christ … Dans le même temps, le Diable et autres représentations sataniques sont en rouge !
Mais les réformateurs protestants trouvent le rouge immoral se référant à la grande prostituée de Babylone (Empire romain) et lui préfèrent le bleu. Il faut chasser le rouge de tout bon chrétien ! A partir du XVI° siècle, les hommes ne s’habillent plus en rouge, sauf les cardinaux et certains chevaliers, on assiste alors à une mutation. Alors qu’au moyen Age, le bleu était plutôt féminin (la Vierge) et le rouge masculin (pouvoir, guerre), les choses s’inversent.  Il en reste encore des traces : le bleu pour les garçons, le rose pour les filles !
Plus tard, les peintres David (Le Sacre de Napoléon) ou Ingres nous représentent les personnages du pouvoir avec des attributs ou vêtements d'un rouge flamboyant.
Jusqu’à la fin du XIX° siècle, la robe de mariée était traditionnellement rouge, surtout chez les paysans,  car une robe belle et riche est forcément rouge ! Souvenons-nous d’Isabelle Adjani dans la Reine Margot et sa somptueuse robe rouge.
Paradoxalement, pendant longtemps, les prostituées étaient obligées de porter une pièce de vêtement rouge dans la rue histoire que les choses soient bien claires, tout comme la lanterne rouge !
De nos jours, le pouvoir allant de pair avec l'ordre et la défense, on trouve encore des traces de la suprématie du rouge : nos panneaux de circulation où les interdictions et dangers sont signalés par le rouge, le téléphone rouge des chefs d'Etat, le carton rouge dans le sport...
Et, plus flagrant encore, le drapeau rouge du communisme, la rose rouge du socialisme, le drapeau sur fond rouge du national-socialisme allemand.
Les symboles
Si le rouge évoque le feu de la vie, il est aussi la couleur de la chair souillée, des flammes de l'Enfer ou la couleur du pêché ; et cette facette de la couleur ne lui enlève en rien de sa force symbolique.
Adam et Eve croquent la pomme... rouge,
Le linceul blanc de jésus est maculé de... rouge,
Satan est lui aussi vêtu de rouge,
La femme accouche dans la douleur et dans le sang... rouge 
Les drapeaux des différentes révolutions en Occident qui portent le rouge de leurs martyrs...
On ne s'étonnera donc pas que la fillette du Petit Chaperon soit habillée de rouge, ou que la pomme croquée par Blanche-Neige soit elle aussi rouge...

L'enfant noir, l'enfant blanc ont tous deux le sang rouge - Pierre Osenat

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La passion 
Couleur du sang, de la vie donc, et couleur pleine d'ambivalence, elle est celle d'entre toutes qui symbolise le mieux la passion et le transport amoureux : fulgurant, vainqueur, interdit, donnant la vie, l'Occident depuis son origine a adopté dans les consciences collectives le rouge comme symbole de l'amour et de la sexualité (Saint Valentin). Qui n’a jamais offert une rose rouge à un être aimé, ou dessiné un cœur rouge ?
On notera encore le rouge de la fête (Noël en tête), où l'amour de son prochain est mis en avant, la couleur rouge omniprésente dans le spectacle (où les rideaux de scène, les sièges des spectateurs, les programmes sont bien souvent de couleur rouge).
Et enfin, notre langage, porteur de notre inconscient, reflète l'histoire, les paradoxes et les contradictions de cette couleur et la mettent en avant dans notre vie de tous les jours : "rouge de colère", "voir rouge", "rougir de honte", "être dans le rouge", "manger du pain rouge"...
Mariage de raison
Le rouge est une couleur que l’on peut associer avec certaines couleurs qui permettent de casser sa puissance.
Il est parfaitement associable aux tons neutres comme le blanc, la couleur crème, le noir, le brun ou encore à la couleur or.
On peut aussi l’associer aux couleurs chaudes comme l’orange.
Néanmoins il faut le marier avec modération avec du bleu, du vert ou du jaune.

Estellemg a écrit un article sur le rouge il y a quelques temps. C'est l'occasion de la lire si ce n'est déjà fait et de la"liker" ! 
Allez, on révise les nuances ? Perso j'aime bien l'alizarine et vous, quel est votre rouge ?

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